Mémoires de marinière

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10 février 2019 par Isabelle PERSONENI
Je suis née sur la péniche de mes parents en 1935. C'est ainsi que j'ai commencé à découvrir le métier. Je me suis mariée le 30 janvier 1954 avec un fils de marinier. Son père était capitaine d'un remorqueur, mais l'équipage étant au complet, sa femme ne l'accompagnait pas sur le bateau. C'est peut-être cette distance qui les a séparés ?

Mon époux et moi-même sommes devenus mariniers en 1965. Notre péniche appartenait à un patron, comme les camions aujourd'hui. Notre travail était de livrer du sable que nous allions chercher en Normandie, pour Paris. Le sable servait à la construction de la base d'Orly et du quartier de la Défense.

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Le Port de Bouzey

Notre péniche était en fer et mesurait 38 m de long. Nous disposions d'une cuisine qui faisait à peu près 6 m². Elle était équipée d'un frigo à pétrole et d'une gazinière. Le robinet de l'évier était alimenté en eau par une citerne de 300 L, qui était installée dans la marquise, la cabine de pilotage. Celle-ci se trouvait plus haut que la cuisine, ainsi l'eau arrivait grâce à la gravité. Nous utilisions également le robinet pour nous laver.  Je lavais le linge à la main dans la rivière, mais pas à Paris, l'eau y était trop polluée, plus tard j'eu une machine manuelle. En dessous se trouvait le salon, de 8 m², qui faisait office de salle à manger lorsque nous avions des invités. Cette pièce était entourée de placards dans lesquels se trouvaient nos lits. Nous avions une radio et une télévision à partir de 1966, une des premières transistorisées en 12 V ; cependant nous ne l'allumions que le soir puisque l'antenne était couchée et qu'il fallait la régler ; la journée elle était attachée. On ne captait qu'une seule chaîne.

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Bateau sur le plan d’eau.

La journée sur la péniche commençait à 6 h par un café. Je faisais le ménage et la cuisine. Je faisais les courses lors des chargements ou rapidement au passage des écluses. J'aidais à larguer le bateau et pour passer les endroits délicats comme les écluses. Mais la conduite m'énervait, j'étais une piètre pilote et mon mari préférait l'aide de notre fille qui avait alors cinq ou six ans. Nous recevions notre courrier à une boîte aux lettres de l'entreprise à Le Mesnil de Posés en Normandie. Mon dernier fils est né en Normandie à Louviers et a grandit avec nous sur le bateau, nous l'installions dans un parc dans la marquise. Contrairement à nos deux aînés, un garçon et une fille, qui sont nés avant 1965, nous les avions donc inscrits à l'école nationale du premier degré Louis Pergaud à Barentin en Normandie. Ils étaient avec nous sur le bateau lors des vacances. Cette école était un pensionnat réservé uniquement aux enfants de mariniers et de forains. Ma fille avait insisté pour y aller, mais mon fils ne s'y plaisait pas. Nous avions aussi un chien que ma fille avait trouvé, cependant il avait peur de l'eau.

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Gérardmer, Le Lac, Bateau à voile et péniche à hélice

À Le Mesnil de Posés on aimait aller dans un bar pour mariniers qui faisait aussi épicerie. C'était toujours l'occasion d'y faire la fête, mon époux aimait beaucoup danser. Le lendemain d'une soirée il découvrit que sa partenaire de danse de la veille vivait dans la péniche voisine à la nôtre. Mais bien qu'il ai le temps pour ce genre de fête, il n'avait pas le temps pour aller bénir notre péniche à Conflans-Sainte-Honorine lors du pardon national de batellerie. Lors des fêtes nous les passions toujours avec d'autres mariniers, notamment Noël. Enfin les mariages entre mariniers étaient un peu différents de ceux dont on a l'habitude. Leur particularité était que la future mariée débarquait de son bateau, qui était décoré pour l'occasion.

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Le berger et la bergère - le marin et la marinière

Notre fils aîné travailla avec nous, quand il eu l'âge requis. Mais notre patron refusa de le payer car il jugeait que nous gagnions suffisamment. Il eu alors une dispute entre lui et mon époux, comme chacun refusait de céder nous mîmes un terme à notre contrat. En 1971 nous nous installâmes à Frouard près de Nancy et arrêtâmes définitivement notre vie sur l'eau.

"Je tiens à remercier ma grand-mère qui m'a accordé de son temps pour me permettre d'écrire une partie de son histoire."

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