Images populaires à travers l'Est

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Images populaires à travers l'Est

Dans l’histoire de l’imagerie populaire, la Lorraine et l’Alsace occupent une place bien particulière. En effet, des imprimeurs issus de ces deux régions ont diffusé leurs images dans toute la France ...

Metz, imprimerie Verronnais

L’imprimerie Verronnais a réalisé de nombreuses images militaires, ce qui à l’époque permettait de ne pas attirer le regard du gouvernement et de faire des économies. Lorsque François Verronnais reprend les rênes de l’atelier en 1833, il est installé un temps dans une partie de la crypte de la cathédrale de Metz, jusqu’en 1836, avant de s'installer rue des Jardins. L’imagerie est reprise par son fils en 1854. 

Epinal, imagerie Pellerin

On ne présente plus l’imagerie d’Epinal, qui est à ce jour la seule imprimerie de France à produire encore des images populaires, avec les mêmes machines et suivant la tradition de l’époque. 
C’est grâce à l’imprimerie Pellerin, fondée en 1790, que l’image spinalienne s’est autant développée. Elle connait un succès retentissant dès 1800, et occupe la première place sur le marché, avec plusieurs millions d’images vendues par an, et ce jusqu’en 1914 ! Les images sont aussi imprimées dans d’autres langues, ce qui lui permet d’être exportée dans beaucoup de pays. L’imagerie Pellerin est justement représentée par de nombreux correspondants en France mais aussi à l’étranger pour assurer la distribution de ses images. De plus, elle sait s’adapter face aux difficultés, en utilisant différents systèmes d’impression par exemple, en ciblant divers publics et leurs demandes, et en variant les thèmes de ses planches. En effet, on observe une grande diversité des thèmes représentés : images religieuses, actualités, images militaires, légendes historiques, contes, planches de jeux... Elle s’est notamment spécialisée dans les devinettes, les loteries et les rébus.  
C’est en 1981 que son activité se voit interrompue : avec les guerres, les progrès de l’alphabétisation et l’essor de nouveaux médias, l’imprimerie rencontre trop de difficultés économiques. C’est en 1990 que les ateliers sont de nouveaux utilisés pour perpétuer cette tradition ancienne de plusieurs siècles ! 

Pont-à-Mousson, Haguenthal

Fondée en 1849 par Elie Haguenthal, l’imagerie de Pont-à-Mousson reste souvent méconnue de nos jours. Elle a pourtant proposé une production riche et diversifiée, avec parfois de l’or et de l’argent dans ses illustrations, et des couleurs inhabituelles telles que le vert amande et le mauve.  
Haguenthal est aussi un des premiers à produire des images destinées aux enfants : contes et légendes, planches d’instruction, récits à morale, planches à construire... et une drôle de série propre à Pont-à-Mousson; avec des personnages à grosses têtes ! Parmi ses autres thématiques, on compte aussi des séries de soldats, ou encore les actualités de l’époque comme les guerres et les expéditions coloniales... Ses images sont uniquement réalisées grâce au procédé de la lithographie, qu'Haguenthal a utilisé avant les imprimeurs d’Epinal. 

Nancy

Les imprimeurs de Nancy ont produit des images durant une quarantaine d’années, de 1800 à 1839. Les noms les plus connus sont ceux de Desfeuilles et Lacour, on peut aussi citer Hinzelin et Ferry. Les thématiques sont variées et semblables à celles abordées par l’imagerie d’Epinal : images religieuses, images militaires, portraits, contes... Il semblerait que les images étaient moins chères à Nancy qu’à Metz, et de ce fait, imprimées en plus grand nombre.   

Jarville

À proximité de Nancy, quelques images étaient imprimées à Jarville, mais l’on sait peu de choses au sujet de cette imagerie. La production de Jarville est souvent rattachée à Nancy : en effet, on retrouve parfois la mention Imageries réunies Jarville – Nancy, comme sur les images de l’imprimeur Victor Huen. 

Wissembourg, maison Wentzel

En 1830, l’imagerie de Jean-Frédéric Wentzel voit le jour à Wissembourg. Au départ, ce sont beaucoup des scènes religieuses qui sont produites, puis les thématiques se diversifient. L’imprimerie de Wissembourg devient la première à réaliser des planches de construction, avec une série intitulée “le petit architecte” en 1861. L’imagerie de Wentzel se distingue ainsi par un grand choix de planches à découper pour les enfants, et publient aussi plusieurs séries à visée didactique : soldats, animaux, plantes, histoire, métiers d’artisanat...  
Wissembourg connait un commerce très florissant, à tel point qu’en 1869, la production atteint les 2 millions d’images ! La large diffusion de celles-ci s’explique non seulement par la volonté de Wentzel à imprimer en plusieurs langues : anglais, italien, espagnol, néerlandais, polonais, et d’autres encore... mais aussi grâce à un réseau de distribution composé de libraires, de colporteurs, de correspondants étrangers et même de marchands de foire !  
C’est en 1871 que la production est mise à mal, avec l’Annexion de l’Alsace par les Allemands : Wissembourg perd son marché en France, et est contrainte de se tourner vers l’Allemagne. Des portraits de généraux et d’empereurs allemands illustrent bien ce changement. L’imprimerie de Wissembourg continuera tout de même de produire jusqu’à la seconde Guerre Mondiale. 

Pont-à-Mousson, Vagné

L’imagerie de Pont-à-Mousson, d’abord dirigée par Elie Haguenthal, est reprise à sa mort par Marcel Vagné en 1881. À cette période, l’imagerie compte plus de 160 ouvriers ! En 1901, Louis Vagné succède à son père et poursuit la production d’images mussipontaines jusqu’en 1914, date à laquelle les ateliers sont transférés à Jarville. 

Metz, imagerie Thomas

En 1859, Charles Thomas fonde sa maison, plus récente que les autres imageries de Metz. Ne possédant aucun fonds d’images, il lui reste tout à créer. Il s’évertue à produire des images bien dessinées, aux couleurs de qualité, et tout cela à un prix très bon marché. 

Metz, imagerie Toussaint

Jean-Baptiste Toussaint, graveur d'origine, installe son atelier avec une presse lithographique en 1830, en Fournirue. Il obtient un brevet d'imprimeur en lithographie et un autre pour continuer la gravure sur bois, tout comme Dembour, mais ne connaît pas autant de succès que ce dernier. Son activité prospère tout de même à tel point que ses locaux doivent être agrandis. Il déménage ses ateliers rue des Clercs en 1847 puis en Nexirue en 1854.

Metz, Tavernier et Dupuy

Pratiquant la lithographie depuis 1819, c'est Robert Tavernier qui installe la première presse lithographique à Metz. Il s'associe avec Robert Dupuy, dans l'actuelle rue Dupont-des-Loges.

Metz, Dembour et Gangel

L’imagerie populaire messine a connu plusieurs imprimeurs qui se sont succédés au fil du XIXe siècle. Sa production très florissante a acquis une telle importance qu’elle a concurrencé l’imagerie Pellerin d’Epinal. La maison Dembour et Gangel est une des plus connues, et a réalisé notamment un large choix d’images pour les enfants, parmi lesquelles des planches de constructions aux décors variés : théâtres, églises, campagne... Le succès des images s'explique aussi par leur procédé de fabrication : la lithographie, qui a été utilisé très tôt par les imprimeurs de Metz, dès 1835, bien avant Epinal ! Les affaires prospérant, l’imprimerie permet de donner du travail à plus de 150 ouvriers !

Metz, Didion et Delhalt

Suite à l'association des imprimeurs Dembour et Gangel en 1840, leurs ateliers vont passer entre différentes mains. En 1851, Dembour se sépare de Gangel et ce dernier s’associe avec Didion. En 1879, les ateliers sont repris par Delhalt, un des imprimeurs les plus connus de Metz, puis par son fils. À noter qu'une des particularités de l’imagerie messine est aussi liée à son contexte historique. En effet, lorsque la Moselle est annexée par les Allemands en 1871, les imprimeurs vont se mettre à produire des images bilingues, en français/allemand. C'est en 1892 que les ateliers de ces différents imprimeurs sont transférés à Nancy par Delhalt fils, marquant la fin de l'imagerie messine...