Les sorcières

Cartes

Les sorcières

De nombreux procès de sorcières ont eu lieu en Lorraine, en voici quelqu'uns retracés sur cette carte.

Bruyères: Jeanne Thiard (1591)

Guérisseuse de Berlmont-sur-Buttant, près de Brouvelieures, Jeanne Thiard fut véritablement martyrisée avant d'être brûlée vive. Accusée d'être une sorcière, elle le fut également d'infanticide et, à ce titre, supporta le supplice de saint Agathe, lequel consistait à avoir «  les mamelles tenaillées et arrachées ». Le 2 mars 1591 après avoir été traînée, tenaillée et eu les mamelles arrachées, elle est brûlée vive. Les os calcinés, les cendres sont dispersée au vent. Elle avait 60 ans. Elle est prévenue de plusieurs sortilèges et de "parricide". Le crime de parricide est en réalité un infanticide. Il ne donnera lieu qu'à une mention de trois lignes dans le compte-rendu du procès alors que le châtiment infligé sera d'une odieuse cruauté. Accusée d'avoir tué un adolescent de 16 ans. Trente déposants, dont 22 hommes, cinq femmes et trois enfants. Les dépositions se sont déroulées sur trois jours. Parmi les trente, trois disent qu'elle ne leur a causé aucun tort mais connaissent la rumeur qui veut qu'elle soit une sorcière.  Au total 14 individus dont des hommes, 3 femmes et 3 enfants auxquels s'ajoutent 63 bêtes de ferme auraient été victiome de ses maléfices lesquels se répartissent en trois grandes catégories: blessures, maladies et mort.  Les causes sont multiples mais on retiendra surtout les réactions vengeresses nées d'une demande repoussée. Quant aux moyens utilisés par Jehenne les dépositions sont étrangement muettes sur ce point.

Metz: Anonyme (1622)

Un rassemblement se forme autour d'une femme qu'un passant a simplement désignée du doigt: vilipendée, assaillie, jetée à terre, elle est finalement massacrée à coups de pierre.

Boulay: Sunna Boller (17 juillet 1627)

Pierre Ditheau, gouverneur à Boulay n'hésite pas à accuser sa tante, très fortunée, d'être une sorcière; le président du tribunal qui condamne cette malheureuse n'est autre que Pierre Ditheau, son propre neveu. La rapacité de ce satrape suscita chez les habitants de Boulay une telle exécration qu'après sa mort, le bruit courait que son fantôme hantait les rues.

Le Ménil près Senones: Idatte femme de Colin Paternostre (26 aout 1482)

Idatte est interrogée par un inquisiteur venu de Metz lequel convoque le peuple en l'église de Senones pour lire en chaire le réquisitoire et, subséquemment, lancer une furieuse diatribe contre les suppôts de Satan. Pour la poursuite du procès et prononcé du jugement, la malheureuse femme est livrée par le maire et les officiers du seigneur abbé de Senones entre les mains du prévôt des comtes de Salm, voués de l'abbaye. Accusée de "triages, genocheries et matière contre la sainte foi catholique" elle est brûlée.

Relanges: Mangette (19 novembre 1482)

Convaincue d'hérésie et de genocherie, Mangette avant d'être "arse, brullée et mise en pouldre" est prêchée (c'est-à-dire interrogée) par l'inquisiteur de la foi, en présence du prieur de Relanges.

Charmes: Claudon la romaine (1607)

De temps à autre, dans le seul but d'affirmer son autorité, le tribunal modère les sentences des justices seigneuriales. Ainsi, les magistrats nancéiens recommandent pour son cas que la torture lui soit administrée avec modération compte-tenu de son âge (soixante-dix ans).

Woippy: La Flipote (1509)

La fuite n'empêche pas de dresser le bûcher : en l'absence du corps, on "brûle en fantôme", c'est-à-dire qu'on incinère l'effigie du fuyard. Ainsi, la Flipote, mendiante qui hantait la caverne de la Roche-qui-tourne, près de Woippy, s'étant noyée avant d'être menée au bûcher et Claudette sa fille s'étant enfuie avec Sylvain, un moine du prieuré d'Ancy, la sentence établie par les juges de Woippy prévoit que : "(...) pour ces causes, mandons et ordonnons de jeter en un bûcher le corps de ladite Flipote avec des effigues dudit Syvain de Rufiemont et de ladite Claudette, pour qu'ils soient brûlés autant que faire se peut, en ce monde, sans préjudice des flammes de l'Enfer à quoi nous vouons ces sorciers, hérétiques, relaps et contumances, pour le châtiment de leurs forfaits." A l'instar des poupées de cire qu'on tourmente à coups d'aiguille, le tribunal est convaincu - et l'époque avec lui- que les fugitifs ressentent l'ardeur des flammes au moment de la crémation des effigies. Considéré comme le pire de tous, le crime de sorcellerie est imprescriptible. Rien pas même la mort, ne peut arrêter la poursuite d'un tel forfait." Mendiante d'Ancy

Metz: Bietris Halfedange et son mari (1372)

Le couple qui "usoit de certains voeulx et charmes et autres cais deffendus par l'Eglise" est brûlé à Metz, entre le pont des Morts et le pont Thieffroy, avec deux autres femmes sans doute de condition plus modeste, dont les noms ne nous sont pas connus. Fille de Symon de Halfedange, elle est brûlée avec son mari.

Ville-sur-Illon: Françoise Hacquart (1581)

Alors qu'elle est brûlée, sa fille Janon, âgée de 7 ans est enlevée par le démon.

Toul: Claudine Royer (1586)

Elle mourra dans l’une des tours de la prison de Toul après avoir "subi les offenses de la part des valets chargés de la garder". Les juges firent déterrer le corps pour vérifier les faits. Morte en prison, elle a été torturée.

Metz: La Crossette (1520)

Son procès a été instruit par un inquisiteur. Son surnom vient sans doute du fait qu'elle boîtait et devait s'aider d'une crosse (canne) pour se déplacer. Cette femme passait pour une authentique sorcière; devant les membres du tribunal l'inquisiteur ne manque pas de la "prescher", c'est-à-dire de convaincre la renégate de se défaire de Satan pour honorer de nouveau Dieu et ses serviteurs. Ladite Crossette n'entendit point, semble-t-il ces adjurations car elle fut condamnée à mort et remise au bras séculier pour être brûlée le 18 août 1520. Ce procès eut lieu à Metz, l'un des Trois Evêchés sous tutelle française, la cité proprement dite étant soumise à la seule Autorité des Treize (composé exclusivement des membres appartenant aux Paraiges, ce collège patricien, outre les attributions d'ordre gouvernemental et administratif avait également compétence en matière judiciaire; qui plus est la juridiction criminelle était son seul ressort). Ce qui explique la répartition des tâches : l'instruction du procès est assurée par l'Eglise tandis que le prononcé de la condamnation à mort et son exécution reviennent au patriarcat municipal.

Nancy : L'Anière de Nancy (1582)

Face à Nicolas Rémy, intérrogée en 1582, elle ne peut réprimer une vindicative apostrophe: "Quelle chance vous avez, vous autres juges, que nous soyons sans pouvoir contre vous! Car il n'est pas de mortel auquel nous aimerions tendre nos pièges plus qu'à vous, qui poursuivez ainsi notre race de tous les châtiments et de tous les supplices! Citée par Jean Boës dans La Demonolâtrie.

Nompatelize: Jennon la Mouratte (1611)

Arrêtée en mars 1611, le dossier préparatoire contient une note indiquant un premier jugement pour fait de sorcellerie en 1599 qui nous apprend qu'elle fut renvoyée jusqu'à rappel, celle-ci n'ayant rien avoué. Sous la torture, en revanche, cette fois-ci elle céda et confessa toute une kyrielle de forfaits, dénonça une foule de complices rencontrés au sabbat. Condamnée à la peine capitale, elle pria son seigneur l'Abbé d'Etival d'avoir pitié de ses trois jeunes enfants. En avril, Jennob la Mouratte mourut à Saint-Dié, réduite en cendres.

Moyemont (Vosges) : Claudette Poirat (1618)

Elle est arrêtée à la demande des villageois de Moyemont. On peut qu'un "nombre infi de témoins" s'empressèrent de déposer contre elle.

Raon-L'Etape: Helluix veuve de Demange Odin (1597)

Elle préférait aller mendier à Eulmont, un village situé à l'opposé du sien. Une malédiction semblait la poursuivre: toute les fois qu'elle était rembarrée un malheur survenait chez les personnes qui avaient fermé l'huis si bien qu'elle fut soupçonnée d'être une sorcière et chassée d'Eulmont. Arrêtée et interrogée, elle répondit sans réticence aux juges auprès desquels se tenait Nicolas Remy en personne. Bien qu'il estimât que les preuves étaient suffisantes pour la condamner à mort, ce dernier demanda par acquit de conscience  l'application de la question ordinaire et extraordinaire afin d'être sûr qu'on avait affaire à une vraie sorcière. En raison de "sa vieillesse et caducité", Helluix fut brièvement torturée. Arrêtée aux premiers jours de janvier de l'an 1597, l'infortunée veuve, un mois plus tard, disparut dans les flammes du bûcher. Elle avait 60 ans.

Ramonchamp: Mougeotte Colombain (1624)

Sur les 34 témoins qui déposèrent contre elle en 1624, 6 étaient des enfants dont le plus jeune positionné au n°22 avait 9 ans. En fait, toutes les charges d'où qu'elles viennent sont acceptées; à l'inverse toute déclaration en faveur de l'inculpé fait courir à son auteur le risque d'être poursuivi pour sympathie sorceleuse. femme de Nicolas Colombain. Son fils de 12 ans, Jean fut poursuivi la même année.

Badonviller: Alizon Chazelle (1609)

Pendant que le bourreau attache adroitement sa patiente au poteau, ses aides attisent le foyer. La composition moyenne d'un bûcher est d'une corde de bois (2.99 stères) et d'un cent de fagots, le tout entremêlé de paille; la Vosgienne Alizon Chazelle fut brulée sur un bûcher ayant pareilles proportions pour un coût total de trois francs et trois gros dont deux francs pour le bois et les fagots, trois gros pour la paille et un autre franc pour le charroi de ces combustibles.

Bouconville: Jeanne Rouyer (1586)

Même si pour éviter une application trop soutenue de la question, un chirurgien est requis pour veiller à ce que le bourreau ne mette pas en péril la vie des suppliciés, Jeanne Rouyer mourut dans son cachot après avoir subi en 1586 la question. Son corps fut enterré sous le gibet.

Badonviller: Fleuratte Cellerier (1611)

Retrouvée morte le 9 octobre 1961 dans son cachot. Les gens de justice de Badonviller requirent au nom de Dieu que "son corps soit condamné à être mené par l'exécuteur de haute justice au lieu où l'on a accoutume de supplicier les délinquants, et de les enterrer comme indigne de sépulture chrétienne". La nuit précédent la découverte de son cadavre, Fleuratte avait accouché dun enfant mort-né.

Metz: Une femme du Wad Bouton (1576)

Une femme du Wad-bouton, un écart de Metz, fut accusée d'avoir fait "engeler" les vignes d'un coteau de la Moselle; arrêtée le 27 avril 1576 et jugée, elle est reconnue innocente et relâchée. Ne pouvant admettre cette version des faits, le "peuple s'en émut, de telle façon qu'elle fut tuée" sur le champ.

Clermont-en-Argonne: Jeannette de la Foultre

Jacquemin Fremy, laboureur d'Autrecourt sur Aire avait une fille souffrant d'une maladie que la médecine officielle n'était en mesure de guérir, tant et si bien qu'on parle de mal sorcellique. Il songea aussitôt à Jeannette de la Foultre, une veuve âgée qui, mendiant d'un village à l'autre se présentait régulièrement à son domicile pour quémander de la nourriture et se réchauffer. Or elle passait pour sorcière. Voulant en avoir le coeur net, le laboureur pria Jeannette de guérir sa fille si le maléfice était de son fait. Comme elle ne reconnut aucune responsabilité, Jacquemin s'énerva et commença à la frapper avant de prendre le manche de la charrue et d'en porter un coup sur la tête de la malheureuse vieille qui s'écroula. Au bout de quelques heures, Jacquemin constata que Jeannette avait cessé de vivre. Affolé, il enterra le cadavre dans les bois et s 'enfuit. Dans ce genre d'événement tragique, l'auteur de l'homicide, pour se disculper, clame avec force n'avoir jamais eu l'intention de tuer l'ensorceleuse, mais seulement de la convaincre de lever le sort qu'elle a jeté.

Toul: Jeanne la femme de Didier Palley (1594)

Convaincue de sortilège parce qu'un enfant de sept ans et demi qui avait mangé des grenouilles pêchées et préparées par elle, "tout aussitôt fut surpris d'une extrême et griève maladie ... par le moyen de laquelle il jetait le sang par la bouche, le nez ; et par les oreilles, de la liqueur semblable à du venin et du poison". L'enfant mourut au bout d'un mois. Comme ses parents avaient refusé de vendre une poule à Jeanne Palley, ils l'accusèrent de s'être ainsi vengée.

Toul: Isabillon (1602)

Elle fut impuissante à réduire le "chancre au fondement" dont souffrait messire Dominique Vinot. Aucun des remèdes proposés ne lui apporta de soulagement. L'échec de la guérisseuse lui fut imputé comme preuve de ses accointances avec le Démon !

Thaon-les-Vosges: Famille Aubert (de 1500 à 1564)

La famille Colin Aubert a littéralement été décimée. Claudin Aubert est brûlé à Epinal vers 1564. Son frère Claudon la même année. Sa grand-mère Catherine vers 1500, sa sœur Margoz vers 1564, sa tante Marguerite vers 1540, Odile, 70 ans fille de Catherine et Jacob de Voges, est brulée en 1540.

Arches: Juliette Pourrey (1585)

Veuve de Jean Pourrey, Juliette Pourrey dénonce deux autres femmes, Mongeotte Demengeon et Huguatte Richard, celle-ci accuse à son tour Mathie Huchière et Anthonette Clément, Mathie mettant en cause ensuite Collatte Aubry et Collatte Grandjean. Exceptée cette dernière, qui n'avoue pas et est renvoyée jusqu'à rappel, toutes les autres sont brulées. En l'absence d'aveux, le prévenu est libéré mais non libre: à tout moment, il peut être à nouveau appréhendé. Ce renvoi est donc une épée de Damoclès à jamais suspendue sur la tête de l'accusé.

Gérardmer: Claudette Pierrat-Demenge (1618)

On inspectait les corps à la recherche du stigma diabolicum, marque satanique qui prouverait que le démon a pris possession du corps de son affidée. Située bien souvent sur le front, là où le curé a déposé le chrème lors du baptême, la marque peut toutefois se trouver partout ailleurs. Chez Claudette, la signature diabolique était cachée "au-dedans des parties honteuses". détail surprenant quand on sait que, dans les terres soumises à la juridiction du duché de Lorraine, l'inspection de l'entrecuisse est exceptionnelle; dans le cas présent c'est l'accusée qui avoue spontanément cette intime signature.

Rehainviller: Mengeatte Grand-Jacques (1624)

Agée de 72 ans. L'extrait de son texte de sentence est le suivant: "Nous, gens de justice, après encore oui ladite Mengeatte sur ses confessions, dénégations et persévérances, avons dit et déposé qu'elle est suffisamment convaincue dudit crime de sortilège pour réparation de quoi l'avons condamnée et condamnons d'être mise entre les mains d'un des maîtres des hautes oeuvres de ce duché pour être exposée au carcan de à la vue du peuple, puis conduite au lieu accoutumé à faire justice et y étant attachée à un poteau qui sera dressé à cet effet et étranglée, son corps brûlé et réduit en cendres."

Plappeville: Briate Gravelotte (1593)

Elle fait partie des célèbres sorcières de plappeville. Elle fût brûlée en 1593 avec d'autres accusés  la veuve de Collignon le Hardier, Catherine la Hairlaye, Béatrix femme Lecomte, Pierre, Martin et Jeanne.