Le cinéma, célèbre enfant des frères Lumière, naît à la fin du xixe siècle alors qu'Auguste et Louis présentent au public une première projection depuis leur invention : le cinématographe.  

Le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur, et l’expression « 7e art » proposée par Ricciotto Canudo voit le jour en 1919. Ce dernier souhaite voir le cinéma rejoindre les six autres formes d’arts jusqu’alors recensées.

Dans les années 1920, le cinéma n’en est plus à ses premiers balbutiements et devient un divertissement de masse. Aller au cinéma ce n’est pas seulement découvrir un film, c’est vivre une expérience particulière.

André Muraire parle d’une atmosphère, et souligne l’importance de ces

« gigantesques palaces justement destinés à créer la surprise et l’effroi »

Nancy participe à ce vent de modernité, et de nombreuses salles destinées à faire profiter de ce nouvel art ouvrent partout en ville.

Les différentes salles 
Le Caméo

Le Caméo Saint Sébastien, qui ouvre en 1907 sous le nom de salle Déglin, mêle des représentations théâtrales et cinématographiques, comme dans d'autres salles.

Le Caméo Commanderie, construit en 1928, fait aujourd’hui partie des quatre cinémas qui composent la ville. Il s’appelait auparavant le « Modern-Cinema », comme nous l’indique cet article du 13 mars 1928 de l’Est Républicain :

« La nouvelle direction du « Caméo » (ex Modern-Cinéma), 16, rue de la Commanderie, a l’honneur d’informer son aimable clientèle que par suite de la continuation des transformations et améliorations qui ont lieu dans cette coquette salle, cette dernière restera fermée encore pendant quelque temps. […] D’ici quelques jours, et par la voie des journaux, elle fera savoir le titre du grand film de réouverture qui fera sensation. »

Le Ciné-Palace

Le Ciné-Palace, dès sa conception en septembre 1912, se présente comme un lieu représentatif de l’effusion contemporaine. Le 5 septembre 1912, on peut lire dans l'Est républicain :

« Un nouvel établissement, brasserie, music-hall, salle de spectacles, est sur le point de s’ouvrir dans le voisinage du Point-Central. […] Pour les amateurs de films – et Dieu sait s’ils sont légion à Nancy ! – Le Ciné-Palace sera le lieu ordinaire de rendez-vous où ils admireront les plus belles créations des maisons d’édition jouissant, tant en France qu’à l’étranger, d’une haute renommée. »

Le cinéma n’est alors pas uniquement destiné à la diffusion des nouveaux films, il s’agit d’un espace dédié à la fête, aux rencontres et au confort. Ajoutons qu’à cette époque, toute avancée technologique est célébrée et grandement mise en avant. Quelques jours après paraît le billet suivant :

« Nous l’avons visité. Il est prêt. […] Le « Ciné-Palace » réunit toutes les commodités. Dix loges spacieuses de face, ventilateurs puissants, buffet avec tea room, dispositions générales permettant au public quelles que soient les places, de voir parfaitement les films, écran de sept mètres sur fenêtres, promenoir ayant les plus grandes facilités d’accès et de circulation, etc. » 

Le Majestic Cinéma

Le 16 avril 1921 naît le Majestic-Cinéma :

« Une ouverture sensationnelle. – La soirée d’inauguration du Majestic-Cinéma obtint hier un succès qui a dépassé toutes les prévisions »

Malgré des débuts réussis, il s’agit de l’un des cinémas qui ne perdurera pas, comme c'est le cas pour plusieurs salles construites tout au long du xxe siècle. La salle est décrite comme luxueuse dans plusieurs annonces de films, par exemple pour la représentation cinématographique du Rêve de Zola :

« Le plus grand chef d’œuvre français conserve toute l’atmosphère délicate passionnée du texte avec cet indéfinissable surcroît de musique que l’écran apporte aux œuvres littéraires […] Tous ceux qui ont le culte de la beauté devront le voir dès vendredi 17 dans la luxueuse salle du Majestic-Cinéma ».

L'Eden

L’Eden ouvre ses portes en 1906, c'est l'ancêtre de l'UGC, rue Saint-Jean. Il s’agit initialement d'un théâtre, mais il s’adapte progressivement à accueillir des œuvres cinématographiques, jusqu’à entretenir un lien étroit avec Pathé :

« Eden Cinéma, rue Bénit. […] continuation de grandes représentations cinématographiques. C’est l’Eden qui détient pour Nancy le privilège exclusif des dernières créations de la maison Pathé ».

De nombreux autres cinémas sont présents en ville, tels que le Royal ou encore l'Olympia, et tous mettent l’accent sur la modernité de leur programmation et de leurs équipements.

Majestic

Contenu du Programmes des cinémas de Nancy (1920-1930)
Contenu du Programmes des cinémas de Nancy (1920-1930)

Le cinéma envahit la presse

Le cinéma s’impose comme un divertissement de masse, et son succès grandissant se lit dans les journaux. La presse locale consacre de plus en plus de rubriques aux spectacles : annonces de films, critiques, chroniques spécialisées, etc. Le cinéma est alors un sujet incontournable de l’information quotidienne.

undefined
Est Illustré - 24 février 1929

Se tenir au courant des dernières sorties
L’Express de l’Est propose une rubrique Les films de la semaine, dédiée chaque semaine à une thématique différente. La semaine du 4 juillet 1929 est par exemple dédiée au célèbre Charlie Chaplin, vedette internationale.

L’Est Républicain rédige une chronique semblable intitulée Les nouveaux films, qui tient ses lecteurs au courant des dernières sorties et en propose un résumé, régulièrement accompagné de quelques commentaires. Dans le Courrier des spectacles de l’Est Républicain, les programmations cinématographique, théâtrale et musicale cohabitent.

Articles sur le cinéma 
De nombreux articles exclusivement dédiés au cinéma paraissent, et plusieurs rédacteurs retranscrivent des avis plus ou moins enthousiastes tels que :

« Le cinéma a grandement contribué à abaisser, dans le public, le goût, le jugement, les facultés de l’intelligence et celle de la sensibilité. » (Lucien Dubech).

Il s’agit d’un art émergent qui inspire autant qu’il inquiète, comme nous pouvons le lire dans la rubrique A l'écran de l'Express de l'Est :

« Le cinéma n’aura jamais cette influence politique, disons cette influence nationale, sur les masses. Il intéressera, il amusera, il n’entraînera jamais, il ne soutiendra jamais des mouvements d’opinions. En attendant, il tue. Il tue le café-concert. […] Il a bien manqué de tuer le théâtre, mais le théâtre avait la vie dure. […] Après-demain, si on le laisse faire, il tuera le livre. »

Le cinéma au quotidien

Le cinéma s’immisce dans la vie de tous les jours. Il est un lieu important de socialisation, d’autant plus qu’il est bien plus abordable que le théâtre et l’opéra. Différentes classes sociales et tranches d’âge s’y rencontrent, faisant du cinéma un lieu au public éclectique

Dans les feuilletons
Les feuilletons des journaux, véritables miroirs de la société, mentionnent souvent le cinéma. Dans L’Amour est une folie ! de l’Est Républicain de Gabriel Baugé, les personnages se rendent régulièrement au cinéma :

« - Oust ! Débinez-vous, je vas faire le ménage, à présent. Mon paternel me paye le cinéma ce soir et j’serai p’t’être en retard demain matin. »

Dans Le Mystère de la Maison Rouge de l’Est Républicain d'Etienne Michel, on s'aperçoit que le cinéma est un lieu social où les spectateurs échangent volontiers :

« […] Le voisin en resta anéanti. L’obscurité voila son étonnement. Mais la renommée est, dit-on, une déesse qui a cent bouches. Dix minutes plus tard, la nouvelle se répandait dans tout le cinéma que Rudolph Valentino était dans la salle. » 

Dans l'éducation
Si le cinéma nous divertit au quotidien, d'autres qualités lui sont attribuées à cette époque, comme celle de nous instruire. Emile Hinzelin écrit à ce sujet dans l’Est Républicain de 1929 :

« Le cinéma peut devenir un instrument d’éducation populaire extraordinairement utile. Grâce à de continuels perfectionnements, le cinéma acquiert une extraordinaire puissance de séduction. Séduire pour instruire, bonne devise pédagogique [...] les éducateurs qui ne tiendraient pas compte du cinématographique, manqueraient à leurs obligations ». 

Au travail
Le cinéma est une industrie qui nécessite des techniciens, dont l’opérateur de prises de vues, appelé aujourd’hui cadreur ou caméraman. Dans les petites annonces, on retrouve couramment des offres pour ces postes. Les salles de cinéma se vendent aussi directement dans le journal au même titre que les autres commerces.

Contenu du Programmes des cinémas de Nancy (1920-1930)
Contenu du Programmes des cinémas de Nancy (1920-1930)

Cinéma et modernité

L’entre-deux-guerres est une période de profondes innovations. Le cinéma étranger, notamment hollywoodien, fascine et attire les foules. Les films muets continuent de séduire, tandis que le cinéma parlant fait son apparition, suscitant débats et curiosité. 

Affiche "Les Ailes" - Est Illustré - 24 février 1929

Grande présence du cinéma étranger
Le cinéma américain a une grande influence en France :

« Les années 1920 sont marquées par une grande effervescence artistique, notamment dans les arts du
spectacle. Au cinéma, c’est le début de l’âge d’or Hollywoodien »

Ce succès s'explique par la qualité de leur industrie, et par la création de vedettes, qui permet de faire rêver spectateurs et spectatrices.

Apparition du cinéma parlant (1927)

Dans l'article d'Émile Hinzelin du 16 mars 1929 paru dans l'Est Républicain au sujet du cinéma parlant, on peut lire :

« Le cinéma qui, par son essence même, donne la sensation intense du silence le plus désertique, a maintenant appris à reproduire les bruits qui accompagnent les images, voire le tumulte d’une foule. »

Auparavant, seul un accompagnement musical venait briser le silence des films muets. Dans la presse locale, les premières mentions du cinéma parlant, aussi appelé cinéma parlant et sonore, apparaissent en 1928.

Il suscite a minima la curiosité, au pire la méfiance, comme en témoignent certaines interrogations : « Pour ou contre le cinéma parlant ?  », ou encore certains titres d’articles « Le cinémassacre du Français ».

Néanmoins, il s’installe progressivement, puis s’impose comme un véritable symbole de la modernité. Dans les journaux, un nombre grandissant d’œuvres sont accompagnées de la mention « film parlant », afin d’attirer un auditoire toujours plus important.