Héré Emmanuel, Recueil des plans, élévations et coupes, ...  des châteaux, jardins et dépendances que le roy de Pologne

L’un des plus beaux livres d’architecture du XVIIIe siècle

Héré Emmanuel, Recueil des plans, élévations et coupes, tant géometrales qu’en perspective, des châteaux, jardins et dépendances que le roy de Pologne occupe en Lorraine, y compris les batimens qu’il a fait elever, ainsi que les chengements considerables […], François, Paris, 1752-1753.

Considéré comme l’un des plus beaux livres d’architecture du XVIIIe siècle, le « Recueil de Héré » se compose de trois volumes contenant 72 planches gravées figurant les constructions et embellissements du duc Stanislas Leszczynski (1677-1766) en Lorraine.

Reliure du recueil
Reliure du recueil

Le contexte

Ces travaux furent réalisés par Emmanuel Héré (1705-1763), architecte de Stanislas, ancien élève de l’architecte Germain Boffrand (1667-1754).
Commandé par le duc Stanislas et financé par celui-ci, le recueil fut édité à des centaines d’exemplaires. Stanislas en acheta plus d’une centaine d’exemplaires dont certains furent reliés à ses armes, afin d’en offrir dans toute l’Europe.
Les deux premiers albums du « Recueil de Héré » furent publiés en janvier 1752 et le troisième, intitulé Plans, élévations de la Place Royale de Nancy, en décembre 1753. Les frontispices des tomes I et III sont dus à Girardet, premier peintre de Stanislas. Cet artiste est également l’auteur de plusieurs dessins pour les différentes planches du recueil, notamment celles de la place Royale.

Un recueil exceptionnel

Les planches ont été exécutées à Paris chez le lorrain Jean-Charles François (1717-1769), graveur de Stanislas et de Louis XV. François fut aidé d’un grand nombre de collaborateurs. Tous les exemplaires semblent être montés dans un ordre similaire. Certaines planches sont mêmes numérotées dans la lettre, indiquant ainsi un ordre de classement des planches. Le dernier volume est consacré à la place Royale de Nancy et on y trouve des planches figurant les fameuses grilles de Jean Lamour mais aussi la construction de la place

D’un point de vue historique, cet ensemble éditorial constitue une source iconographique importante, étant donné que de nombreux édifices ou embellissements ont été détruits au moment de la révolution, comme la statue de Louis XV et les bas reliefs par exemple. Cependant, il faut relativiser quant à l’exactitude des détails qui figurent sur les planches. D’une part, il s’agit là d’un ouvrage de « publicité » ou l’architecte cherche à montrer la beauté de ses réalisations. D’autre part, les planches furent publiées en 1753 soit deux ans avant l’inauguration de la place Royale. On observe ainsi des gravures plus proches de projets de construction que d’une représentation d’un état définitif.
Dans le troisième volume, on trouve deux vues en perspective sur la place Royale. Sur la première, l’Hôtel de ville est en cours d’implantation ; sur la seconde les basses faces ne sont pas encore sorties de terre. Or les bâtiments ont été construits en même temps. Il s’agit ici d’un artifice destiné à mettre en valeur chacune des constructions.
De même, le bâtiment de la nouvelle intendance est gravé tel que le projet le prévoit mais sa réalisation ne sera achevée qu’en 1757 avec de nombreuses différences par rapport à la planche du recueil.
La propagande officielle orchestrée par Stanislas devait non seulement célébrer son œuvre mais aussi préparer les esprits à l’inéluctable rattachement de la Lorraine à la France. Ainsi, si le frontispice du tome I est dédié à Stanislas et celui du tome III est logiquement consacré à Louis XV.

Voir les trois volumes