Histoire

Julie-Victoire Daubié, première "bachelier" de France

La vie d'exception d'une Vosgienne engagée pour le droit des femmes et l'éducation.

Contenu du Julie-Victoire Daubié, première "bachelier" de France

La vie d'exception d'une Vosgienne engagée pour le droit des femmes et l'éducation.

Victoire Daubié (1824-1874)

Une passion pour l'étude

L'enfance

Julie Victoire Daubié naît à la Manufacture Royale de Bains-les-Bains dans les Vosges le 26 mars 1824. Elle habite dans la maison dîte des commis où son père y est directeur. Elle fait partie d’une famille de huit enfants dont elle est la cadette. Elle porte au quotidien le nom de sa mère, Victoire. Son père meurt alors qu’elle n’a que huit mois et sa famille décide de déménager à Fontenoy-le-Château. La fratrie Daubié y suit son catéchisme ; l’un des frères de Victoire Daubié devient prêtre.

 

L'enseignante

Victoire Daubié obtient son certificat d’aptitude le 31 août 1844. Il est obligatoire pour les laïques afin d’enseigner aux enfants depuis la loi Guizot de 1833. Victoire Daubié s’élève par la suite contre le manque de qualification des religieuses qui ne sont pas formées à l’enseignement. En parallèle, elle étudie avec son frère, prêtre, des matières comme le latin et le grec.

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Ex-dono de Julie-Victoire Daubié à la bibliothèque d'Épinal dans son ouvrage La femme pauvre au XIXe siècle

 

La femme pauvre au XIXe siècle

Le 21 juin 1859, Victoire Daubié remporte le 1er prix du concours de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon pour son ouvrage La Femme pauvre au XIXe siècle, par une femme pauvre. Elle y expose la condition des femmes autant d’un point de vue économique que moral et politique. Elle pointe du doigt les disfonctionnements et propose des solutions pour sortir les femmes de son époque de la misère.

 

Première « bachelier » de France

Le 17 août 1861, Victoire Daubié, à 37 ans, devient la première femme à obtenir le baccalauréat français. Elle est « bachelier » car son équivalent féminin n'existait pas encore sur les diplômes. Elle obtient six boules rouges, une boule noire et trois boules blanches comme le veut le système de notation de l’époque. Une boule rouge signifie un avis favorable, une boule blanche, une abstention et la boule noire indique un avis défavorable. Elle écrit au sujet du bac en 1862 à Elizabeth Garrett (première femme diplômée de médecine en Angleterre) : 

"En France (j'aime à le dire pour l'honneur de mon pays) l'initiative sociale nous manque ici beaucoup plus que la liberté, car j'ai pu être admise, l'année dernière, à l'examen du baccalauréat, par la Faculté des lettres de Lyon, sans faire de demande exceptionnelle. J'ai rencontré partout, pour cette innovation, une bienveillance impartiale et des sympathies généreuses, dont je ne saurais trop remercier ma patrie et mon siècle".

À cette époque, Victoire Daubié réside à Paris, elle est devenue journaliste économique et elle donne des conférences. Elle écrit notamment pour le quotidien La Presse,  l’hebdomadaire L’Economiste français et Le Droit des femmes.

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Julie-Victoire Daubié

 

"Licencié" es Lettres

Victoire Daubié reçoit la médaille de bronze pour son œuvre La Femme pauvre au XIXe siècle, par une femme pauvre lors de la septième Exposition universelle qui a lieu à Paris en 1867.

Elle fonde au début de l’année 1871 l’Association pour le suffrage des femmes et en parallèle prépare une licence ès Lettres. Malgré l’interdiction pour les femmes d’assister aux cours de la Sorbonne, elles ont le droit de se présenter aux examens. Victoire Daubié obtient donc sa licence ès Lettres le 28 octobre et devient la première femme licencié ès Lettres. Licencié –é car comme le diplôme du baccalauréat, l’intitulé n’existe qu’au masculin. Elle reçoit son diplôme en 1872 avec la mention "sieur" barrée et remplacée de la main du ministre Jules Simon par "Mademoiselle" avec une lettre de félicitation. Elle décide alors de préparer un doctorat sur La condition de la femme dans la société romaine mais meurt avant de pouvoir la présenter.

Mort de Victoire Daubié

Victoire Daubié est installée à Fontenoy-le-Château depuis 1872 pour s’occuper de sa mère malade tout en gérant son association, dont trois ouvrages ont été interdits de colportage, et son entreprise de broderie gérée en grande partie par sa nièce. Elle meurt de la tuberculose le 25 août 1874 laissant à ses frères et sœurs deux maisons, des titres et des actions. Elle est enterrée à Fontenoy-le-Château avec sa sœur Julie et ses nièces Mathilde et Louise Daubié.