Histoire

L'Opéra-théâtre de Metz: un des premiers théâtres construits en France !

L’histoire de l’Opéra-théâtre de Metz, qui est, rappelons-le, le plus ancien établissement du genre encore en activité de France, a été ponctuée au cours de ses deux cent soixante-dix années d’existence, d’anecdotes, parfois drôles, quelquefois surprenantes, souvent méconnues, qui méritent d’être racontées.

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L’histoire de l’Opéra-théâtre de Metz, qui est, rappelons-le, le plus ancien établissement du genre encore en activité de France, a été ponctuée au cours de ses deux cent soixante-dix années d’existence, d’anecdotes, parfois drôles, quelquefois surprenantes, souvent méconnues, qui méritent d’être racontées.

Les heures sombres de l'Opéra-Théâtre

Débuts difficiles et gestion précaire

Les quatorze années nécessaires à la construction de l’ « Hôtel des Spectacles du Saulcy », entre 1738 et 1752, furent jalonnées de nombreuses péripéties : interruptions liées au contexte historique (guerres incessantes), controverses, mesquineries, polémiques et autres tracasseries administratives.
Le projet faillit ne pas voir le jour. Maintes fois, au cours de son histoire,il connût des déboirs liés à son fonctionnement. En 1839, un certain Germain, directeur à l'époque, connut la carrière la plus éphémère à ce poste: 1 mois !
 

Une guillotine devant la comédie

La période révolutionnaire fut particulièrement sombre pour le théâtre. Une guillotine prit ses quartiers devant la comédie pour une durée de six mois entre février et juillet 1794. « La Louise », comme la surnommaient les messins, ne fit, semble-t-il, que trente-trois victimes. On imagine avec peine les derniers instants des condamnés, un œil sur la cathédrale, maison de Dieu, l’autre sur le temple des muses.

 

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En coulisse et dans les gradins

Des visiteurs prestigieux

En janvier 1771, le prince de Suède, futur roi Gustave III (1746-1792), visite le théâtre de Metz. Ironie du sort, c’est dans cette même salle que sera représenté en 2003 un opéra historique de Daniel François Esprit Auber (1782-1871) qui conte l’assassinat de ce malheureux au cours d’un célèbre bal masqué…

Casanova fit plusieurs courts séjours à Metz. Dans ses mémoires, le fameux séducteur raconte, qu’au cours du mois de janvier 1762, il prit soin de se dérober aux mondanités pour se rendre au théâtre où « une actrice de l’opéra-comique m’avait captivé ». Cette jeune chanteuse, affublée du délicieux pseudonyme de « Raton », vendait à l’occasion ses charmes. L’aventurier italien ajoute : « cette fille était un chef-d’œuvre pour la perfection des formes » que « la plus brillante jeunesse de Metz avait vainement cherché à conquérir ».

Si la grande Sarah Bernhardt (1844-1923) fit plusieurs fois le présent de son immense talent au public messin, la mémoire a surtout retenu sa prestation du 6 octobre 1909, dans la « Dame aux camélias » d’Alexandre Dumas fils.

 

Spectateurs indisciplinés

Si l’opéra est le lieu des mondanités où naissent et croissent les conversations, où enflent les rumeurs et les potins mondains, il est aussi celui où s’exprimait incivilités et conflits.

Au cours du XVIIIème siècle, on doit interdire aux actrices de recevoir des militaires dans les coulisses… pendant les entractes. Interdiction est faite également de siffler, jurer, proférer des grossièretés ou de commettre des actions indécentes. Pour éviter les drames engendrés par les bagarres entre civils et soldats, ces derniers ne sont pas autorisés à entrer avec leur épée. Un dimanche soir d’octobre 1920, une quarantaine de militaires, sans billets, enfoncèrent les portes d’entrée et occupèrent des fauteuils réservés. Dix-huit ans plus tard, une foule compacte et impatiente renversa les barrières dans une bousculade indescriptible où le directeur Chaffard-Simé fut blessé au pied. Les clés des portes d’entrées avaient disparu ! Les artistes eux-mêmes ne montraient pas toujours l’exemple : en 1795, un comédien écopa en effet de huit jours de cachot pour avoir proféré des menaces de mort  à l’encontre de ses partenaires.

 

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Un théâtre d'avant-garde

En avance sur son temps

Au cours de son histoire, le théâtre de Metz s’est révélé en avance sur son temps, dans des domaines parfois inattendus.
Le 16 brumaire de l’An II (8 novembre 1794), les citoyens musiciens de l’orchestre se mirent en grève car ils n’avaient pas obtenu l’augmentation à laquelle ils prétendaient. Selon la chronique, le chef d’orchestre maintint cependant la représentation, les chanteurs se produisant a cappella… Double première donc, au moins sur une scène française. Assurer les représentations coûte que coûte, telle semble avoir été la règle à Metz. Même pendant les blocus de la ville en 1814 et 1870, les spectacles ne furent pas interrompus malgré des conditions plus que précaires.

Notable particularité locale : jusqu’en 1857, les abonnés votaient l’admission des nouveaux artistes débutants après audition des postulants.

Les progrès techniques ne sont pas en reste. Pour le 150ème anniversaire de l’inauguration du théâtre en 1902, les autorités allemandes décidèrent d’illuminer la façade et la fontaine (aujourd’hui disparue) de la Place de la Comédie d’ampoules électriques multicolores : une performance technique pour l’époque. Dès 1918, la société Publicité Optima proposait des projections de « réclames », comme on disait alors, sur le rideau du théâtre pendant les entractes.

Même les mises en scène n’échappent pas au tourbillon d’une certaine modernité. Dans les 1960, une production de « Carmen » restée dans les mémoires des dilettantes s’achèva par l’irruption de quatre chevaux sur scène. Heureux époque où les animaux n’étaient pas encore bannis des plateaux…