La bataille du col de la Chipotte

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05 mai 2020 par Morgane PERRIER

Lettres fictives, écrites à partir des documents cités en source.

Attention ! Le mot « boche » est utilisé conformément à l’expression de l’époque.

20 VIII 1914
Chère Suzanne,
Nous avons essuyé une terrible défaite aujourd’hui. La IIe armée a ordonné le retrait de ses troupes et nous ne pouvons faire autrement que de les suivre. L’offensive sur la frontière lancée par le général Joffre pour reprendre le col du Donon a été un échec. Le général Dubrail de la Ière armée, pour qui les Vosges n’ont pas de secret, a assuré à la 13e division d’infanterie et à mon régiment, 4e régiment de chasseurs à cheval, que nous pourrions tenir derrière les ponts de la Meurthe à Raon-l’Étape. C’est donc là-bas que nous allons mon amour, pour empêcher les allemands de passer. 
Pense à moi,
Ton Joseph.

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Épinal, 4e Chasseurs, L'Escrime

 

22 VIII 1914
Catastrophe ma Suzanne ! 
Nous avons tenu les ponts vaillamment, n’en doute pas, mais les boches ont contourné notre position et menacent de nous prendre à revers arrivant de Thiaville et Baccarat ! Ces villes sont désormais perdues…

 

 

 

23 VIII 1914
Suzanne, mon amour,
Nous voilà encore une fois obligés de battre en retraite, il nous faut une position imprenable. Le général a donné l’ordre de se rendre au col de la Chipotte. La ligne de défense se resserre autour de Rambervillers. Nous tenons encore la ligne Hardancourt – Aiglemont – Saint-Benoit  mais un cavalier vient d’arriver apportant de terribles nouvelles, Aiglemont est attaqué par les bavarois. N’aie pas peur mon amour, pour toi, je tiendrais.
Ton Joseph.


25 VIII 1914
Ma précieuse Suzanne,
Tout en faisant face à l’ennemi, nous creusons des tranchées au milieu des bois. Ils sont à la fois une bénédiction et une malédiction. Notre artillerie de campagne est inutilisable alors que les Allemands font des ravages dans nos rangs. Nous pouvons nous mettre à couvert mais cela nous oblige à nous battre au corps à corps. Les combats à la baïonnette.. Suzanne, ce sont les pires que tu puisses imaginer. Je suis couvert de terre et de sang, mes amis et mes ennemis gisent de part et d’autres.  On est obligé de laisser nos morts au milieu des bois. Les gémissements et les visages défigurés de mes camarades... Je crois que je ne pourrais plus jamais fermer les yeux…
 
 

26 VIII 1914
Mon aimée,
Pardon de t’avoir inquiétée avec ma dernière lettre. L’ennemi ne nous laisse aucun répit et nous avons tous besoin de nous reposer. Ils ont pris Saint-Dié aujourd’hui et l’armée française a dû reculer sur Nompatelize et Saint-Remy. Quant à nous, ils ont attaqué à 5h ce matin. Ils sont arrivés de Thiaville pour nous balayer par le Nord. On a bien cru qu’ils arriveraient à s’emparer du col cette fois mais nous le leur avons repris au bout de quelques heures. C’est une boucherie mais nous avons tenu.
Pour toujours, ton Joseph.

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Au Col de la Chipotte (Vosges), Une partie du Cimetière

27 et 28 VIII 1914
Ma Suzanne,
J’ai survécu à ces deux jours épouvantables… Les Allemands se sont emparés du col mais crois-moi, ils l’ont payé aussi cher que nous. Ils sont arrivés par l’Est cette fois et nous sommes une poignée d’hommes. Trop exténués, les boches n’ont cependant pas poussé leur avantage vers Rambervillers. Aujourd’hui, mon régiment est dispersé, quelques gars du 21e corps sont au Nord vers Aiglemont tandis que quelques gars du régiment et moi essuyons des tirs d’artillerie vers Saint-Benoît dont il ne reste déjà presque plus rien. Les Allemands essaient de nous contourner par l’Est et l’Ouest mais ils nous trouvent toujours sur leur chemin. Sans réussir à passer, nous n’arrivons pas non plus à les repousser.
Embrasse les petites pour moi,
Ton Joseph

 

29 et 30 VIII 1914
Ma chère Suzanne,
Nous avons repris le col au prix de lourdes pertes mais pour de bon j’espère. Le général a mobilisé l’ensemble de nos forces en réserve, sept bataillons de chasseurs à pied et le 21e corps. Les Allemands ont fini par reculer et se sont retranchés dans leurs villes-bastions : Raon-l’Étape, Thiaville et Sainte-Barbe.
Joseph

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Bataille du Col de la Chipotte, Maison incendiées par les Allemands sur la Route qui conduit au Col de la Chipotte

31 VIII 1914
Suzanne chérie,
C’est la première journée depuis ce qui me semble des siècles sans attaque allemande. Bien que nous soyons toujours sur le qui-vive nous prenons le temps de nous reposer.
Ton Joseph à jamais

 

2 IX 1914
Ma chère Suzanne, 
Les gars de la 44e division et quatre bataillons de chasseurs à pied sont arrivés et viennent nous remplacer pour tenir le col. Mon régiment est appelé au nord, dans la Marne, où on prévoit un important affrontement. Tout le 21e corps est mobilisé. Je dois partir sans tarder,
Joseph

 

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L’un des trois monuments aux morts en hommage aux soldats morts pendant la bataille du Col de la Chipotte

La 44e division d’infanterie relève le 21e corps mobilisé pour la bataille de la Marne à partir du 2 septembre 1914. Les Allemands pensent alors pouvoir en profiter et continuent leurs assauts mais l’armée française creuse ses tranchées sans céder de terrain malgré plusieurs tentatives d’encerclement. À partir du 6 septembre les troupes allemandes se retirent elles aussi pour aller combattre dans la Marne. Le 10 septembre, le col ne craint plus l’invasion et le 11, une offensive massive est lancée vers l’Est. Saint-Dié sera libéré le jour même et Raon-l’Étapes le lendemain.
La bataille du col de la Chipotte a fait plus de 4.000 morts du côté français dont on peut voir les tombes au milieu des bois sur les cartes postales. Trois monuments aux morts ont été érigés en mémoire des batailles du « col de la mort ». 
 

 

 

 

 

 

Sources 

Baumont, G., "Cinq ans après", dans Le Pays lorrain et le pays messin : revue mensuelle illustrée, 11e année, Nancy, 1914-1919, p. 644-647
Claudel, Jean-Paul, La Chipotte, 1914 : tragique combat des Vosges, G. Louis, 2004
Comité de soutien de Saint-Benoît de France, Saint-Benoit et la Chipotte dans la Grande Guerre, Edhisto, 2006
www.lieux-insolites.fr
www.vosges1914-1918.fr

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